Top Performer #1 | Interview d’un professionel du Private Equity Large Cap en poste dans un fonds américain à Paris
Top Performer #1 | Interview d’un professionel du Private Equity Large Cap en poste dans un fonds américain à Paris
L’interviewé a décidé de garder son anonymat pour des raisons personnelles et professionnelles.
Entretien exclusif avec un professionnel du Private Equity actuellement en poste en Large Cap dans un fonds américain à Paris, et ayant fait un passage en M&A dans une Bulge Bracket américaine
Nous tenons à remercier chaleureusement l’interviewé pour le temps qu’il nous a consacré et pour sa contribution précieuse, qui inspirera et guidera de nombreux étudiants dans leur future carrière.
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Parcours académique et orientation vers la finance
Pouvez-vous nous retracer les grandes étapes de votre parcours académique et les choix stratégiques qui vous ont mené vers le secteur de la finance, et plus spécifiquement vers le Private Equity ?
Alors, étant franco-canadien, j’ai commencé ma scolarité dans le système anglo-saxon au Canada. Quand je suis arrivé en France, j’ai suivi un parcours assez classique : BAC S, prépa ECS, puis HEC. J’ai toujours été attiré par la finance d’entreprise, donc ce parcours s’est imposé assez naturellement. La seule vraie stratégie, ça a été de choisir une prépa commerce au lieu d’une prépa ingénieur, vu mes préférences pour certaines matières et l’idée que ça faciliterait une entrée en finance depuis une école de commerce. Avec du recul, c’est pas forcément vrai, mais sur le moment, c’était un choix qui faisait sens.
Avec le recul, quelles compétences acquises durant vos études vous semblent essentielles pour démarrer une carrière en Private Equity ?
Franchement, même si les matières de prépa sont assez éloignées de la finance, ça reste très formateur sur d’autres plans : la gestion du stress et des émotions, la capacité de travail intense, la stimulation intellectuelle… Ce sont évidemment des compétences qu’on peut acquérir autrement mais qui dans tous les cas sont à mon sens importantes en M&A ou PE. L’école de commerce, par contre, ne m’a pas forcément appris grand-chose de concret pour démarrer en finance. Ça m’a donné les bases en corporate finance, un tampon sur le CV pour passer les screenings, et l’accès au réseau d’alumni.
Début de carrière en M&A et compétences clés
Vous avez débuté votre carrière en M&A dans une Bulge Bracket américaine. Qu’est-ce qui a motivé votre choix pour ce domaine exigeant et compétitif, et comment avez-vous préparé votre candidature ?
Le choix du M&A pour mon stage s’est fait de façon assez logique dans mon parcours. Plusieurs alumni m’avaient expliqué que c’était presque une case incontournable à cocher. C’est 6 mois intenses où on acquiert une vraie courbe d’apprentissage, des compétences solides et faciles à valoriser, que ce soit pour rester dans le secteur ou pour explorer d’autres industries par la suite. En plus, il y a tout l’imaginaire autour du M&A, l’excitation de “faire des deals”, qui attire beaucoup d’étudiants. Choisir de viser une Bulge Bracket américaine, c’était surtout pour le prestige, le fait d’essayer de garder un CV international mais aussi pour voir ce que c’est vraiment d’être dans un environnement avec une exigence maximale, sans protection d’horaires, pour se rendre compte de ce que vivent les juniors en full time et voir si cela était supportable pour moi. Pour le reste, j’avais postulé un peu partout parce qu’en première partie de césure, on n’a pas trop le luxe de choisir et plusieurs banques répondaient à mes critères.
Pouvez-vous nous donner une idée du processus de recrutement en M&A dans une Bulge Bracket américaine, ainsi que des recommandations clés pour les candidats qui souhaitent intégrer ce type d’établissement ?
Le processus a peut-être évolué depuis, mais à l’époque, après le screening, on passait par une HireVue puis un Super Day. Pendant cette journée, on rencontrait trois membres de l’équipe pour des entretiens de 45 minutes qui alliaient fit et technique. Mon conseil principal, c’est de maximiser son réseau pendant la recherche de stage, que ce soit personnel, pro, via l’école, LinkedIn… Il faut être proactif, ne pas hésiter à contacter des gens sur LinkedIn pour se presenter, échanger et exprimer sa motivation. Côté préparation, bien se préparer techniquement pour ne pas rater sa chance. Et si possible, mettre en avant des activités extra-scolaires pour se démarquer dans un vivier de candidats au parcours similaire (par exemple : ancienne pratique d’un sport à haut niveau, background international, etc).
Quelles compétences spécifiques développées en M&A ont, selon vous, été déterminantes dans la suite de votre carrière ?
Les “hard skills” comme la rapidité sur PowerPoint et Excel sont basiques, mais incroyablement utiles pour être efficace et serein dans son travail. Ces compétences techniques permettent de gagner beaucoup de temps et de réduire le stress sur des tâches répétitives. Au-delà de ça, la capacité à gérer le stress, à organiser son agenda, à travailler sur plusieurs projets en parallèle, et surtout à résister à la pression des longues heures, sont des atouts clés que j’ai pu développer en M&A. Ces compétences sont essentielles pour tenir le rythme, et elles m’ont bien servi dans mes expériences ultérieures.
Transition vers le Private Equity
Après une expérience en M&A, qu’est-ce qui a orienté votre choix vers le Private Equity, et quels conseils donneriez-vous à des professionnels aspirant à suivre un parcours similaire ?
Mon expérience en M&A, même si elle a été formatrice, m’a vite fait réaliser que je ne voulais pas en faire mon métier à long terme. Ce qui m’intéressait vraiment, et qui m’intéresse toujours, c’est les stratégies (organiques ou non) développées par les entreprises pour croître et devenir leader sur leur marché. Je pense que le PE est idéal pour s’approcher au plus près de ces stratégies et de leurs centres de décision surtout en tant que junior. En PE, on accompagne une entreprise sur un cycle d’investissement complet, et même en étant junior, on interagit de manière quasi quotidienne avec le top management à travers différents forums (Board, Business update, M&A working group, Finance function etc.). J’ai rapidement réalisé, lors de mon stage en PE (pendant ma 2e partie de césure), que mener un processus de due diligence du côté acheteur était d’un tout autre niveau en termes de stimulation intellectuelle, de profondeur d’analyse et de finesse dans les réflexions, comparé au travail sur des mandats sell-side en M&A. Mon conseil pour ceux qui veulent aller vers le PE, c’est de bien comprendre la différence entre le sell-side et le buy-side, et de savoir si on préfère un rôle transactionnel (M&A) ou stratégique (PE).
En termes de responsabilités et de compétences, quelles distinctions majeures avez-vous notées entre vos expériences en M&A et votre rôle actuel en Private Equity ?
Mon expérience en M&A s’est limitée à un stage de 6 mois, ce qui la rend difficilement comparable à mon travail actuel en Private Equity, mais comme je l’ai mentionné précédemment, ce sont pour moi deux métiers fondamentalement différents. Le M&A est un rôle principalement transactionnel, orienté sur le conseil, que ce soit pour des opérations d’achat ou de vente. On y fait beaucoup d’exécution, en gérant les processus, en produisant des documents (comme des présentations marketing ou des modèles financiers), en organisant des enchères et en collaborant avec le management pour obtenir le meilleur résultat possible, qu’il soit financier ou stratégique. Selon les banques, une part du travail consiste aussi à « pitcher » de nouvelles idées aux clients potentiels.
Le Private Equity, c’est un tout autre univers. En PE, on passe beaucoup moins de temps en exécution pure. En tant qu’investisseur, on est le client, et on collabore avec divers conseils sur l’ensemble des aspects d’une transaction (financiers, stratégiques, juridiques, etc.) pour acquérir une entreprise que l’on suit parfois depuis des mois ou des années, dans laquelle on a une conviction forte. L’objectif est d’accompagner cette entreprise dans sa prochaine phase de croissance. On s’engage sur le long terme, avec un horizon de 5 à 8 ans, et on travaille main dans la main avec le management pour créer de la valeur à chaque étape.
Rôle actuel et expériences marquantes
Comment se déroule une journée type dans votre fonction actuelle en Private Equity ?
Il n’y a pas vraiment de journée type dans ce métier, et c’est quelque chose que j’apprécie particulièrement. Si je devais découper mon travail en trois grands volets, ce serait (i) le sourcing, (ii) l’exécution, et (iii) la gestion de portefeuille ; selon les périodes, chacun peut prendre plus ou moins de place dans la journée.
(i) Le sourcing est souvent piloté par les seniors, bien que cela varie d’un fonds à l’autre (je sais que dans d’autres fonds, par exemple chez TA, les associates sont très impliqués dans le sourcing). À un niveau junior, cela implique de mener des recherches sectorielles, d’échanger avec des experts ou des consultants pour obtenir une première vue d’ensemble, de préparer des documents introductifs pour informer les autres seniors et jauger l’intérêt du comité d’investissement, et parfois de rencontrer le management aux côtés des seniors.
(ii) L’exécution, c’est la phase de « deal-making » : on travaille avec l’équipe sur l’acquisition (ou la vente) d’une entreprise, que ce soit dans le cadre d’une enchère organisée par un sell-side ou en bilatéral. Chaque fonds organise ses deal teams un peu différemment, mais les juniors sont généralement responsables de la production des documents pour les différents comités internes (comité d’investissement, comités préliminaires) ainsi que de la construction des modèles financiers qui projettent les retours attendus.
(iii) Enfin, la gestion de portefeuille est souvent moins glamour que le deal-making, mais elle est au cœur du Private Equity. Il s’agit d’accompagner au mieux la société et son management dans un plan de création de valeur sur le long terme. Pour un junior, cela peut inclure des taches un peu plus redondantes comme le monitoring de la performance financière pour les rapports au back-office et aux LPs. Néanmoins, cette partie permet d’avoir une forte exposition au top management lors des board meetings et des calls. Cela implique également d’aider sur des workstreams variés selon les entreprises : il peut s’agir de travailler sur des acquisitions avec les équipes M&A de l’entreprise, le modeling et l’optimisation des cash flows, du coût de la dette ou de l’uplift du reporting avec un CFO, ou encore suivre des initiatives opérationnelles aux côtés d’un COO.
Conseils pour les jeunes professionnels et équilibre de vie
Quels conseils donneriez-vous aux jeunes talents pour se démarquer lors des processus de recrutement en M&A et en Private Equity, et quelles erreurs courantes leur suggéreriez-vous d’éviter ?
Dans un processus de recrutement, il y a toujours une part de hasard : un entretien peut mal se passer pour des raisons imprévisibles (mauvaise humeur de l’intervieweur, manque de fit…). Mais pour minimiser cet aléa, il faut arriver hyper préparé. Cela passe par un bon networking avec des membres de l’équipe en amont : il est toujours utile de dire que l’on a parlé avec X, Y et Z pour répondre à la question “pourquoi nous?”. De plus, il faut être techniquement irréprochable pour que rien ne puisse être reproché sur ce plan, et surtout, rester authentique pour la partie fit.
Le M&A et le Private Equity sont des secteurs très exigeants. Avez-vous des pratiques ou des conseils pour préserver un équilibre personnel et gérer la pression des longues heures de travail ?
Je pense qu’il est essentiel de prendre du recul par rapport à son métier et d’apprendre à se détacher un peu émotionnellement du résultat final – tout en restant motivé, consciencieux et performant, bien sûr. Ça aide énormément à gérer la pression. Il y a certes des enjeux importants et du stress, mais on ne sauve pas des vies non plus, donc l’essentiel, c’est de faire son maximum et idéalement cela suffit pour dormir sur ses deux oreilles la nuit.
Pour maintenir un bon équilibre, je trouve aussi qu’il faut profiter des périodes plus calmes autant que possible pour voir sa famille, ses amis, faire du sport, sortir un peu. Ça permet de recharger les batteries pour les périodes plus intenses. Et dans cette optique, il vaut mieux éviter le présentiel excessif quand ce n’est pas nécessaire.
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